Qu'est-ce que la Justification légale?

Chapitre 1

Le point de vue de la Réforme

Martin Luther (1483-1546) est crédité d'avoir insufflé l'élan de la complète révolte contre le dogme Catholique Romain de la justification. Sa lecture correcte de la Bible obligea Luther à croire en la déclaration de Paul « le juste vivra par la foi », élément fondamental de l'Évangile, ne nécessitant aucune modification. Pour Luther, les ajouts par l'Église de sacrements, pénitences et indulgences étaient étrangers au message biblique de la justification par la foi. A partir de ce commencement, d'autres hommes prirent la relève, s'efforçant de clarifier et de systématiser la doctrine de la justification.

Luther tenait deux opinions sur ce qu'est la foi: (1) un assentiment à quelque proposition pleine de vérité que l'esprit logique peut comprendre; et (2) une dépendance totale de Dieu pour toute chose dans cette vie et celle d'après. Luther a qualifié la première de sans valeur car elle ne donne rien à l'homme. La seconde, qu'il croyait être un don de Dieu, était cette foi qui construit une expérience personnelle chez le croyant. Luther enseignait que cette foi ouvre la porte pour que l'homme reçoive et s'approprie la justification du Christ.

Luther vit que la véritable foi (le don de Dieu) est un puissant moyen par lequel nous obtenons la justification. Mais on parlait toujours de justification avec la nécessité de « se l'approprier » et d'être « reçue » avant que la personne ne soit justifiée devant Dieu.

La justification par la foi dont Luther fit l'expérience en son âme était l'expérience personnelle du croyant se maintenant dans la lignée ininterrompue de la communauté chrétienne, qui reçoit l'assurance de la grâce de Dieu dans l'exercice de sa foi personnelle, -- une expérience qui se produit en s'appropriant l'oeuvre de Christ qu'il est rendu capable d'accomplir par cette foi qui est don de Dieu.

Nous retenons, de l'autre côté, que dans la vraie repentance la foi se saisit de et s'approprie la satisfaction de Christ, et ce faisant elle a quelque chose qu'elle peut opposer aux accusations de la loi devant la barre du tribunal de Dieu, et ainsi conduit à ce que nous soyons déclarés justes.[2]

Les positions de Jean Calvin (1509-1564) sur la justification étaient substantiellement les mêmes que celles de Luther. Calvin a souligné que la justification ne se produisait seulement à partir du moment où l'on était uni à Christ, et l'on est uni au Christ que par la foi seulement. Cependant, Calvin bataillait avec l'idée de déterminer qui était inclus dans « l'alliance de la promesse » -- qui étaient les élus et qui étaient les non-élus? En supposant l'idée que « l'inclusion » dans l'alliance était quelque chose d'extérieur à la personne, cela introduisait un facteur limitant à l'équation de la justification qui prenait en considération les positions de Calvin sur l'élection et la prédestination. Ceux qui croyaient prouvaient par leur « foi » être ceux que Dieu avait prédestinés à la justification et à la vie éternelle; l'incrédulité ou l'apostasie était un signe certain de non-élection éternelle.

La conclusion de Calvin était que:

Nous disons, alors, que l'Écriture prouve aussi clairement, que Dieu par son conseil éternel et immuable a déterminé une fois pour toutes ceux pour lesquels ce fut un jour son plaisir d'admettre au salut, et ceux pour lesquels, de l'autre côté, ce fut son plaisir de condamner à la destruction. Nous maintenons que ce conseil, concernant les élus, est fondé sur sa libre miséricorde, sans considération de la valeur humaine, alors que ceux qu'il condamne à la destruction sont exclus de l'accès à la vie par un jugement juste et sans reproche, mais en même temps incompréhensible. En regard des élus, nous considérons la vocation comme une preuve de l'élection, et la justification comme un autre symbole de sa manifestation, jusqu'à ce qu'elle soit pleinement accomplie par l'atteinte de la gloire. ( Calvin's Institutes [1559], Livre III, Chapitre 21, section 7).

Vers la fin des années 1800, cette idée de l'élection avait été confirmée par des théologiens Calvinistes employant un langage déterminant en évoquant la nature éternelle et externe de l'élection:

Il est également évident que la justification du pécheur ne nécessite pas d'attendre qu'il soit converti, ni qu'il soit devenu conscient, ni même qu'il naisse. Il ne pourrait pas en être ainsi si la justification dépendait de quelque chose qu'il avait en lui. Alors il ne pourrait être justifié avant qu'il n'existe et n'ait accompli quelque chose. Mais si la justification n'est pas liée à quelque chose en lui, alors toute cette limitation doit disparaître et le Seigneur notre Dieu être souverainement libre de rendre cette justification à un quelconque moment selon Son bon plaisir. Partant de là, l'Ecriture Sacrée révèle la justification comme un acte éternel de Dieu, i.e. un acte qui n'est pas limité à un quelconque moment dans l'existence humaine. C'est pour cette raison que l'enfant de Dieu cherchant à pénétrer dans cette glorieuse et merveilleuse réalité de sa justification, ne se sent pas luimême limité au moment de sa conversion, mais sent que cette bénédiction jaillit vers lui des profondeurs éternelles de la vie cachée de Dieu.

On devrait par conséquent ouvertement confesser, et sans aucune restriction, que la justification ne se produit pas quand nous en prenons conscience, mais que, au contraire, notre justification fut décidée de toute éternité dans le saint tribunal de notre Dieu.

... Elle ne jaillit pas de notre conscience, mais elle se reflète en elle, et de ce fait doit posséder l'être et la stature en elle-même. Même un enfant élu qui meurt dans le berceau est déclaré juste, bien que la connaissance ou la conscience de sa justification n'ait jamais pénétré son âme. Et les personnes élues, converties, comme le brigand sur la croix, avec leur dernier souffle, ne peuvent que rarement avoir intelligence de leur justification, et cependant entrer dans la vie éternelle exclusivement en raison de leur justification.[3]

Capitalisant sur l'oeuvre de Luther, Jacobus Arminius (1560 -1609) a également tenté de former une déclaration théologique claire sur ce qui fut accompli à la Croix. Contrairement à la conclusion de Calvin d'une expiation limitée, Arminius a opté pour l'idée que Dieu a réellement accompli quelque chose pour le monde entier, cependant, il s'agissait seulement d'une disposition étendant certains bénéfices temporels et opportunités spirituelles à toute personne. Arminius affirmait que Jésus est mort pour le compte de toutes les personnes et que par Sa mort, le salut est disponible à tous. En contraste avec le Calvinisme, l'Arminianisme déclare que Dieu ne place aucune limite sur ceux qui peuvent croire et se placer eux-mêmes dans une relation salvifique avec Dieu. Arminius considérait la mort de Christ comme un paiement légal pour le péché de toutes les personnes, et comme Luther, la voyait limitée seulement à ceux qui répondent et se réclament du paiement fait pour leur compte.

Ainsi, l'Arminianisme croit qu'au moyen de la grâce bienfaisante de Dieu, le don de la Croix qui est capable d'effacer la culpabilité du péché, est disponible pour que tout individu se l'approprie. Il se tient à portée de toute l'humanité, mais chaque individu doit « obtenir » la provision et l'appliquer dans sa vie personnelle avant qu'elle ne lui soit bénéfique. De ce fait, Arminius enseigna une expiation universelle, mais d'application limitée. L'expiation sans limite est restreinte dans son effet légal. Selon Arminius, l'expiation est destinée par Dieu à bénéficier à tous, mais exige l'action de la foi de l'individu préalablement à ce que la justification légale puisse être effective pour cet individu. Par conséquent, nous ne sommes pas légalement justifiés jusqu'à ce que nous croyions. D'après Arminius, « Dieu ne considère personne en Christ à moins qu'il ne soit greffé en lui par la foi ».[4]

Ni Luther, ni Calvin, ni Arminius n'ont jamais saisi davantage qu'un bref aperçu du concept de justification légale. Ils n'ont jamais compris la pleine profondeur du sacrifice de Christ (en partie parce qu'ils ne comprirent pas correctement la signification de la mort elle-même).[5] Pour tous ces réformateurs, aussi grands furent leurs travaux pour commencer à restaurer la vérité à partir de la Bible et ôter le paganisme qui s'était introduit dans l'église durant le millénaire précédant la Réforme, ils ne purent cependant pas entrevoir le tableau complet de l'oeuvre de Christ pour l'humanité. En grattant la poussière d'un seul côté de l'équation de la justification, et bien qu'utilisant une terminologie en rapport avec l'éternalité et l'universalité de l'expiation, ils se concentrèrent sur la justification par la foi et rien de plus.

Dans la providence et la planification de Dieu, c'est tout ce qui leur fut imparti de découvrir en leur temps. La prophétie devait s'accomplir auparavant, pavant ainsi le chemin qui ouvrirait l'esprit des gens aux messages des trois anges d'Apocalypse 14:6-12. La Révolution française, les Lumières, et le Mouvement Millérite faisaient partie du Second Grand Réveil, et devaient entrer en scène avant que le dévoilement de la vérité et de la puissance de Christ et Sa justice puisse être pleinement prêché et apprécié.

Au début des années 1800, quand l'Esprit de Dieu fut déversé dans l'évangélisation mondiale, l'universalisme surgit en opposition à la théologie décourageante des écoles Calvinistes. On tenta d'inspirer les gens avec une idée positive de Dieu et de Son amour en prêchant un salut universel pour tous les hommes. Aux environs de 1833, Abraham Lincoln écrivit un essai sur le « salut universel par prédestination » qui critiquait la doctrine orthodoxe de l'élection prédestinée à une punition sans fin, laquelle constituait tant le point focal des églises Calvinistes.

Similaire à l'Arminianisme, l'Universalisme affirme que la mort substitutive de Christ a payé sans réserve la pénalité pour les péchés du monde entier. Cependant la justification est un événement qui s'est produit entièrement dans le passé. Accomplie à la Croix, elle abroge à jamais la pénalité du péché et ne s'applique plus aux gens aujourd'hui. Les Universalistes soutiennent que Dieu ne peut être motivé que par Son amour pour Sa création, et par conséquent Il est contraint de sauver tout le monde de l'éternelle destruction sans considération de leur comportement, attitude, ou croyance particulière. Leur point de vue est que si le Dieu omnipotent ne désire pas, ou n'est pas capable de sauver tout le monde, alors il n'est pas un Dieu digne d'adoration. Ceci est une contrefaçon de la justification. La contrefaçon fut largement prêchée juste avant que E.J. Waggoner et A.T. Jones ne soient appelés par Dieu pour prêcher la pleine puissance de Son amour telle que révélée dans la justification légale et l'alliance éternelle.