Considérations sur les Vaudois

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Introduction

À l'occident des plaines du Piémont, et dans la partie des Alpes qui sépare cet État du Dauphiné, se trouve un petit peuple que ses nombreux malheurs et la cause pour laquelle il les a soufferts rendent intéressant. Ce peuple, connu sous le nom de Vaudois, était déjà séparé de l'Église romaine longtemps avant la Réformation.

Les Historiens, tant Protestants que Catholiques, qui se sont occupés des Vaudois, ne s'accordent ni sur l'origine de leur nom, ni sur l'époque de leur séparation de l'Église romaine. Parmi les Protestants, les uns soutiennent que Pierre Valdo fut leur fondateur, et qu'il leur donna son nom; les autres les font remonter au 9e siècle, au temps de Claude, Évêque de Turin ; d'autres enfin, ne trouvant aucune époque où ils puissent placer leur origine, prétendent qu'ils remontent aux siècles apostoliques. Parmi les Catholiques romains, on remarque la même incertitude; et quoique ces derniers cherchent tous à montrer la nouveauté des opinions religieuses des Vaudois, on trouve cependant épars dans leurs écrits de brillants et précieux témoignages, en faveur de la haute antiquité et de la pureté de leur doctrine.

Je veux tâcher d'établir dans ces thèses, ce que je crois être la vérité, savoir: que la doctrine des Vaudois est exempte d'hérésie et conforme à la doctrine de la primitive Église; qu'ils n'ont reçu cette doctrine ni de Valdo, ni de Claude de Turin, mais des Apôtres, ou du moins des hommes apostoliques. Je veux prouver qu'ils n'ont jamais adhéré aux innovations imaginées par l'avarice du Clergé, et introduites dans le Christianisme à la faveur de l'ignorance et de la superstition du moyen âge. Je veux montrer que si leur doctrine était pure, leurs moeurs ne l'étaient pas moins. Je jetterai ensuite un coup-d'oeil rapide sur les nombreuses persécutions auxquelles ils furent exposés. Enfin, je signalerai les heureux changements que le sort des Vaudois a éprouvés depuis la moitié du siècle passé, et surtout depuis le rétablissement de la Maison de Savoie sur le trône de Piémont en 1814. Ce plan est vaste, y embrasse toute l'Histoire des Vaudois depuis son origine jusqu'à nos jours; je désespérerais de pouvoir le remplir, si je voulais tout dire aussi me bornerai-je à ce qui est essentiel à mon but, renvoyant, pour de plus grands détails, à l'Histoire des Vaudois, par Gilles, Léger, Perrin, Brez, etc.