Considérations sur les Vaudois

Chapitre 1

Doctrine des Vaudois

Les ennemis des Vaudois, pour justifier les titres de schismatiques et d'hérétiques qu'ils leur donnaient, ont de bonne heure tâché de persuader que leur doctrine était erronée. Dans ce but, ils ont composé contre eux de nombreux ouvrages, dans lesquels ils les chargent des épithètes les plus injurieuses. Ils les accusent d'avoir sur la Divinité les opinions des anciens Manichéens, avec lesquels ils les confondent sans cesse, ainsi qu'avec les Ariens, les Cathares, etc. [1]. Il n'est pas d'erreur, si grossière qu'elle soit, qu'ils ne leur imputent; de sorte qu'en les lisant, on se forme de la doctrine des Vaudois une idée fort défavorable. Mais ces accusations sont-elles fondées? Devons-nous croire leurs Auteurs sur parole? Ne devons-nous pas plutôt chercher, dans les écrits mêmes des Vaudois, quelle fut leur doctrine? Et si, dans ces écrits, nous trouvons qu'ils professent une croyance contraire à celle qu'on leur impute, ne serons-nous pas en droit d'en conclure une de ces deux choses, ou que les adversaires des Vaudois, ignorant leur doctrine, leur ont imputé des erreurs qu'ils n'avaient pas, ou qu'ils ont cherché par-là à jeter de la défaveur sur ces hommes qu'ils haïssaient?

Mais pour qu'on ne nous accuse pas de partialité, ou de légèreté dans une matière aussi importante, et pour ne rien laisser à désirer, nous rapporterons les témoignages des Réformateurs en faveur de la pureté de la doctrine des Vaudois; nous y ajouterons une autre classe de témoignages plus concluante encore; je veux dire, le témoignage des adversaires même des Vaudois. Malgré la peine qu'ils se donnent pour prouver que leur doctrine est hérétique, la force de la vérité leur arrache de temps en temps des aveux involontaires, qui, en décelant leur mauvaise foi, justifient les Vaudois des hérésies dont ils les accusent.

Avant de commencer, je dois faire une remarque. Si, par une doctrine orthodoxe, on entend celle qui, laissant de côté l'Écriture, admet tous les dogmes nouveaux qu'il plaît à un Pape ou à un Concile de déclarer tels, dans ce cas, je passe condamnation; les Vaudois sont des hérétiques; car ils rejettent tous ces dogmes. Mais si, par doctrine orthodoxe, on entend celle qui n'admet que ce qui est enseigné dans l'Écriture Sainte, et qui rejette tout ce que des hommes sujets à l'erreur enseignent de plus, dans ce cas, les Vaudois sont orthodoxes; car ils s'en tiennent strictement à l'Écriture. Écoutons-les eux-mêmes; et pour cela, consultons leurs écrits.

Ces écrits sont nombreux et composés à des époques différentes; les plus anciens sont d'un siècle antérieurs à l'époque où vivaient les premiers auteurs qui ont écrit contre les Vaudois; les autres leur sont postérieurs. Ces écrits sont de nature différente; ce sont des instructions pour la jeunesse [2], des explications de l'Oraison dominicale, du Symbole des Apôtres, des dix Commandements; ce sont des Traités contre le Purgatoire, l'Invocation des Saints, les Traditions, l'Antéchrist; ce sont une foule de Confessions de foi, présentées à différentes époques, soit aux Princes qui les persécutaient, soit aux Inquisiteurs, soit aux Réformateurs; ce sont enfin des Sermons prononcés par leurs Barbes ou Pasteurs. Ces écrits sont les uns en idiome vaudois, les autres en latin, les autres en italien, les autres en français, suivant qu'ils étaient destinés à être lus par les Vaudois seulement, ou par leurs adversaires, ou par la Cour de Turin, ou par celle de France. Dans tous ces ouvrages on retrouve la même doctrine exprimée avec simplicité et naïveté; il y règne un ton de candeur et de franchise, un air de persuasion et de bonne foi qui ôte tout soupçon que leurs auteurs aient voulu en imposer, en professant de bouche et par écrit une doctrine qu'ils auraient démentie dans leur cœur. Jamais ils ne se contredisent; au 12e siècle comme au 16e, paisibles ou persécutés, ils tiennent toujours le même langage; c'est toujours la doctrine évangélique qu'ils se glorifient de suivre.

Pour éviter les longueurs et l'ennui des nombreuses citations, nous allons présenter un abrégé fidèle de la doctrine des Vaudois, telle qu'on la trouve consignée dans les différents ouvrages originaux que nous avons indiqués [3].

Dans tous leurs écrits, les Vaudois prennent pour base de leur foi l'Écriture-Sainte. S'ils admettent un dogme, c'est parce qu'ils trouvent qu'il y est enseigné; s'ils le rejettent, c'est parce qu'ils ne voient dans l'Écriture aucun passage qui l'établisse; s'ils le combattent, c'est encore par l'Écriture. L'Écriture est pour eux la pierre de touche de la vérité d'un dogme; ils méprisent et rejettent tout ce qui ne peut pas supporter ce critère. Ils admettent les décisions des quatre premiers Conciles oecuméniques [4]; ils recommandent la lecture des Pères des cinq premiers siècles, parce que ces Conciles et ces Pères ne s'écartent pas des déclarations de l'Écriture. Quand ils disputent avec leurs adversaires, ils le font l'Évangile à la main. Si ceux-ci veulent les forcer d'admettre un dogme nouveau, leur seule réponse est: Si vous pouvez nous montrer ce dogme dans l'Écriture, nous l'admettrons volontiers; sans cela, persuadés qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, nous le rejetterons comme l'ont fait nos pères.

Fidèles à leur principe de n'admettre que ce qui est enseigné dans l'Écriture, les Vaudois ont souffert les persécutions les plus horribles plutôt d'adhérer à un seul des nombreux dogmes que des siècles d'ignorance et de superstition ont péniblement enfantés. Comment, après cela, croire que ces mêmes hommes aient professé des opinions aussi contraires à l'Écriture que le sont celles que leurs ennemis leur reprochent? Aussi ne trouvons-nous nulle part dans leurs écrits un seul mot qui ait pu donner lieu à ces accusations. On les accuse de croire à deux principes créateurs, et ils disent dans leurs écrits, que Dieu seul est tout-puissant, qu'il a créé tout ce qui existe. On les accuse de croire que Dieu est l'auteur du péché, et ils disent dans leurs écrits, que Dieu créa le premier homme à son image, mais que par la désobéissance d'Adam, le péché entra dans le monde. On les accuse de rejeter les livres de l'Ancien-Testament, et ils déclarent dans leurs écrits qu'ils les reconnaissent pour canoniques et divins. On les accuse de croire qu'en vertu de la prédestination les bonnes œuvres sont inutiles, et dans tous leurs écrits ils recommandent la pratique des vertus, ils en montrent la nécessité. Je pourrais en dire autant de toutes les autres erreurs qu'on leur impute; il suffit de jeter un coup-d'œil sur les ouvrages que nous avons cités, pour se convaincre que toutes ces accusations sont fausses et sont parties d'écrivains ignorants ou de mauvaise foi. Et, à cet égard encore, voici ce qu'ils disent: Si, par la parole de Dieu, on peut nous montrer que nous soyons dans quelque erreur, nous sommes prêts à l'abjurer, et nous remercierons celui qui nous aura mieux instruits.

Admettre tous les dogmes enseignés dans l'Écriture, rejeter tous ceux dont l'Écriture ne parle pas, et qui ne se sont introduits dans l'Église que dans la suite des temps, tels sont pour nous les garants de la pureté d'une doctrine; tels sont aussi les principes que les Vaudois professent dans leurs écrits.

Je pourrais prouver que les dogmes admis par les Vaudois sont fondés sur l'Écriture, et que ceux qu'ils rejettent ne sont que l'ouvrage des hommes; mais ce travail n'entre pas dans le plan que je me suis tracé je dirai cependant que les dogmes qu'ils rejettent, savoir: le culte des images, l'invocation des Saints, le Purgatoire, l'Autorité des Papes, la Transsubstantiation, etc., ne furent admis dans l'Église que depuis le 7e siècle. Je rappellerai aussi les violentes disputes qu'ils occasionnèrent. Qui n'a pas entendu parler du grand schisme des Églises grecque et latine? Qui ne sait qu'il fut amené par les disputes sur les images, et sur la suprématie de l'Évêque de Rome? Qui ne connaît les querelles qui eurent lieu en Occident, à l'occasion de la Transsubstantiation? Certes, si ces dogmes étaient divins, s'ils étaient enseignés dans l'Écriture-Sainte, les premiers Chrétiens les auraient admis, comme ils ont admis la Résurrection, le Jugement dernier, et en général tous les dogmes contenus dans nos saints Livres; leurs partisans n'auraient pas eu besoin pour les faire admettre d'employer les disputes, les injures, les excommunications, les anathèmes, les armes les Apôtres et leurs successeurs immédiats n'ont jamais eu recours à de tels moyens, lorsqu'ils allaient prêcher aux Gentils la divine religion de Christ; sa seule beauté suffisait pour attirer à elle les coeurs des idolâtres.

Personne n'ignore qu'au commencement du 16e siècle le Christianisme était devenu méconnaissable par le grand nombre d'erreurs et de désordres qui s'y étaient introduits. Des hommes d'un génie ardent, courageux, amis de la vérité et de la religion, frappés de cette dégénération de la foi et des mœurs, entreprennent de les ramener à leur pureté primitive; l'Évangile à la main, ils prêchent une réforme, combattent les abus, sapent le principe de l'autorité, y substituent celui de l'examen, et bientôt une partie de l'Europe prend une face nouvelle. Au premier bruit de cette heureuse révolution, les Vaudois s'empressèrent d'envoyer des députés aux Réformateurs pour leur présenter une confession de leur foi et une relation de leur discipline, craignant qu'il ne se fût introduit quelque erreur durant les persécutions qu'ils avaient souffertes. Ces députés, après avoir conféré avec Zwingle, OEcolampade, Mélancthon, Bucer, retournèrent aux Vallées, et rapportèrent que ces hommes pieux avaient donné beaucoup d'éloges à la constance inébranlable avec laquelle les Vaudois avaient conservé parmi eux, de père en fils, la doctrine et le culte évangéliques dans toute leur simplicité primitive; qu'ils avaient approuvé tous les articles de leur confession de foi; qu'ils avaient seulement blâmé quelques points de leur discipline, et quelques faiblesses qu'ils avaient eues pour les Catholiques romains, comme de faire baptiser leurs enfants dans leurs églises [5].

Luther lui-même, qui d'abord n'aimait pas les Vaudois, parce qu'il les connaissait mal, avoua, après avoir été mieux instruit, que c'était à tort qu'on les condamnait comme hérétiques, et il ne put s'empêcher d'admirer le courage avec lequel ils avaient renoncé à tous les systèmes humains, pour s'en tenir invariablement à la Loi révélée [6]. Vesembecius rapporte " que Luther ayant lu la Confession de foi des Vaudois, rendit grâces à Dieu de la grande clarté qu'il leur avait départie, et se réjouit avec ces Fidèles de ce que toute occasion d'ombrage étant ôtée entre eux, ils s'étaient réunis dans le même bercail, sous l'unique Pasteur et Évêque des âmes [7] ".

Le savant Théodore de Bèze fait voir que c'est surtout par le moyen des Vaudois que l'Évangile s'est répandu dans presque toute l'Europe, et il dit expressément qu'ils ont toujours conservé la vraie religion, sans jamais se laisser entièrement pervertir par aucune tentation [8] ".

Il me serait facile de multiplier les citations d'auteurs réformés en faveur de la pureté de la doctrine des Vaudois, mais elles ne font que répéter ce que nous venons de dire [9]; et de plus, il me tarde d'en venir aux témoignages que nous fournissent leurs adversaires mêmes, parce que ceux-ci sont sans réplique.

Chacun sent bien que, dans cette classe de témoignages, nous ne devons pas nous attendre à trouver des aveux formels et positifs. Les ennemis des Vaudois ne nous diront pas comme leurs amis, qu'ils ont conservé la vraie religion dans sa pureté primitive; un tel aveu les condamnerait. Mais quoiqu'ils ne louent pas directement la doctrine des habitants des Vallées, quoique les expressions dont ils se servent soient vagues, et sentent plutôt le blâme que l'approbation, on peut cependant tirer de leurs écrits, de leurs reproches même, d'éclatants témoignages en faveur de la pureté de la doctrine qu'ils attaquent.

Une chose singulière et remarquable tout à la fois, c'est que, si on en excepte quelques auteurs ignorants ou de mauvaise foi, qui accusent les Vaudois d'admettre des erreurs, dont on ne voit nulle trace dans leurs écrits, tous leurs autres adversaires ne les attaquent jamais sur les articles de foi qu'ils admettent, mais seulement sur ceux qu'ils refusent de croire. Ils ne leur disent pas : Vous êtes hérétiques, parce que vous croyez tel ou tel dogme, mais vous êtes hérétiques, parce que vous ne croyez pas tel ou tel dogme. Ce silence est un aveu tacite donné à la pureté des dogmes admis par les Vaudois. Voyons maintenant quels sont ceux qu'on les accuse de rejeter. Mais laissons parler leurs ennemis eux-mêmes; certes, ce témoignage ne doit pas être suspect.

Le premier qui se présente est Reinerus-Sacco, qui, au commencement du 13e siècle, fut nommé par la Cour de Rome Inquisiteur contre les Vaudois. Dans le livre qu'il a écrit contre eux, il énumère les causes de leur hérésie : " C'est, dit-il, que les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, le laboureur et le savant ne cessent, le jour et la nuit, de s'instruire et d'instruire ceux qui en savent moins qu'eux; qu'ils ont traduit en langue vulgaire le Vieux et le Nouveau-Testament; qu'ils apprennent ces livres par cœur et qu'ils les enseignent [10]; que le scandale que donnent quelques personnes leur inspire de l'horreur, ce qui fait que lorsqu'ils voient quelqu'un tenir une conduite irrégulière, ils lui disent: Les Apôtres ne vivaient pas ainsi, ni nous non plus qui sommes les imitateurs des Apôtres; enfin, qu'ils regardent comme des fables tout ce qu'un docteur enseigne sans pouvoir le prouver par le Nouveau Testament ". Et plus bas, recherchant les causes pour lesquelles cette secte est la plus pernicieuse à l'Église : "C'est, dit-il, parce qu'elle est la plus ancienne, la plus répandue, et enfin parce que tandis que toutes les autres sectes inspirent de l'horreur par les affreux blasphèmes qu'elles vomissent contre Dieu, celle-ci a une grande apparence de piété, mène une vie régulière devant les hommes, a de justes idées sur la Divinité, et croit tous les articles contenus dans le Symbole; seulement, ajoute-t-il, elle blâme l'Église romaine et le Clergé [11].

Voilà ce que dit Reinerus. On croirait à l'entendre qu'il est plutôt un apologiste de la doctrine des Vaudois qu'un inquisiteur établi pour extirper leur prétendue hérésie : car que pourrait faire de plus un apologiste qui voudrait prouver la pureté de la doctrine d'une secte que de dire que cette secte cherche toujours à s'instruire; qu'elle lit et médite constamment la Parole de Dieu; qu'à l'imitation des Apôtres elle censure les vices et les désordres; qu'elle rejette toute doctrine qui ne repose pas sur l'Évangile; qu'elle a de la piété; que sa conduite est régulière; que ses idées sur la Divinité sont justes; qu'elle admet le Symbole des Apôtres? On conçoit à peine qu'un auteur ait osé traiter d'hérétiques des hommes auxquels il ne sait rien reprocher d'autre; mais on le concevra si l'on réfléchit que Reinerus vivait au 13e siècle, dans un temps où l'ignorance et la superstition étaient à leur comble, où le joug de l'autorité et des traditions pesait sur presque toute la Chrétienté, où la lecture de la Parole de Dieu était interdite au peuple, où les Papes anathématisaient tous ceux qui osaient s'élever contre leur puissance, censurer leurs vices, et résister à leurs décrets.

Ce témoignage d'un Inquisiteur suffirait seul pour prouver la pureté de la doctrine des Vaudois; mais nous n'en sommes pas réduits là: on dirait que tous leurs adversaires se sont entendus pour nous fournir les mêmes témoignages.

Jacob de Ribéria, Jésuite, dit : " Qu'à cause de leurs désordres et de leur ignorance, ceux qui se faisaient appeler Prêtres, Évêques et Ministres de l'Église étant peu estimés, il fut facile aux Vaudois de l'emporter sur eux auprès du peuple par l'excellence de leur doctrine, car ils raisonnaient mieux que tous les autres sur la Religion, et pour cela les Prêtres les laissaient enseigner publiquement, non qu'ils approuvassent leurs opinions, mais parce qu'ils leur étaient inférieurs en intelligence ".

AEnéas Sylvius Piccolomini, élu Pape en 1458, sous le nom de Pie II, dit, en parlant des Vaudois de Bohême : Qu'ils aboient contre tous les Prêtres, et que s'étant séparés de l'Église catholique, ils ont embrassé la secte impie des Vaudois, de cette faction pestilentielle, et dès longtemps condamnée, dont les dogmes sont : Que l'Évêque de Rome est égal aux autres Évêques; qu'il n'y a point de feu du Purgatoire ; que les prières pour les morts sont vaines; qu'il faut abolir les images de Dieu et celles des Saints ; que c'est en vain qu'on recourt aux Saints qui règnent dans le Ciel avec Jésus-Christ, et qu'ils ne servent de rien, etc. " [12]

Claude Seyssel, Évêque de Marseille, vivait à la fin du 15e siècle; après avoir honorablement exercé ses fonctions dans cette ville sous Louis XI, Charles VIII et Louis XII, ont cru que personne ne serait plus capable que lui de ramener les Vaudois dans le sein de l'Église romaine; on le créa donc Archevêque de Turin, sous François I. Ce zélé Prélat fit de nombreuses recherches sur la doctrine de ces prétendus hérétiques; dans le livre qu'il écrivit contre eux, voici les principales choses qu'il leur reproche:

" C'est, dit-il, qu'ils ne reçoivent que ce qui est écrit dans le Vieux et Nouveau-Testament; qu'ils enseignent que les Pontifes romains et autres Évêques ont dépravé l'Écriture par leur doctrine et par leurs gloses; qu'ils ne célèbrent point les fêtes des Saints; qu'ils disent que les Prêtres n'ont aucun pouvoir d'absoudre les péchés; qu'ils prétendent qu'eux seuls conservent la doctrine évangélique et apostolique; qu'ils affirment qu'on doit mépriser les indulgences accordées par l'Église ; qu'ils détestent les images et les signes de la croix que nous vénérons; que la messe n'existait point du temps des Apôtres, etc., etc. "

Je pourrais rapporter une foule d'autres témoignages de ce genre, mais il ne nous apprendraient rien de nouveau; ce sont toujours les mêmes choses que l'on reproche aux Vaudois; ce sont toujours les images, le purgatoire, l'invocation des Saints, l'autorité du Pape, la transsubstantiation, les indulgences, les prières pour les morts; en un mot, toutes les traditions et innovations de l'Église romaine qu'on les accuse de rejeter, pour s'en tenir uniquement à ce qui est écrit dans le Vieux et Nouveau-Testament. Or, jamais accusation fut-elle plus ridicule et plus insensée ? L'Écriture-Sainte est-elle donc un code incomplet, un guide insuffisant? Le Dieu fort, pour compléter son œuvre, aurait-il besoin du secours et des conseils de l'homme, de cet être faible, misérable, ignorant, sujet à l'erreur? Le salut dépendrait-il de la croyance à quelques dogmes obscurs, inventés par la cupidité? L'homme prétendrait-il être plus sage que le Créateur? Serait-il assez orgueilleux pour vouloir interposer son autorité entre son Dieu et ses frères? Quelle folie le porte à imprimer le cachet de la faiblesse sur une œuvre toute divine, à obscurcir le céleste flambeau de la Parole par l'alliage impur de ses idées terrestres? Quelle frénésie l'engage à traiter d'hérétiques et à persécuter ceux qui n'admettent pas les dogmes qu'il lui plaît d'ajouter à ceux qui sont contenus dans les Livres sacrés ? Pourquoi oublie-t-il si souvent que Dieu lui a donné un code sacré, et qu'il lui a dit : Voilà ce que tu feras; voilà ce que tu croiras; je te défends d'y rien ajouter et d'en rien retrancher? Et c'est pour avoir été fidèles à cet ordre, c'est pour n'avoir jamais voulu adhérer aux traditions de Rome, c'est enfin pour avoir conservé la doctrine évangélique dans sa pureté primitive, comme nous l'avons prouvé par leurs écrits, par le témoignage des auteurs réformés, et par celui de leurs adversaires eux-mêmes, que les Vaudois furent traités d'hérétiques et persécutés !

Mais, disent quelques auteurs, les Vaudois n'ont pas toujours professé cette doctrine; ils ont longtemps adhéré aux opinions de l'Église romaine, et ce n'est qu'au 12e siècle qu'ils s'en sont séparés. C'est à répondre à cette objection, et à prouver l'antiquité et la succession apostolique des Églises des Vallées que nous consacrons le Chapitre suivant.

Notes :

1. Hovedenus, Annales sur l'an 1176. Luca Tudensis adversùs Albigensium Waldensiumque errores, libri tres. Bibl. Patr. Tom. XXV, p. 188-251. Reineri contrà Waldenses hereticos liber; ibid, p. 262. Philicdorffii contrà sectam Waldensium liber, ibid, p. 277.

2. C'est dans cette classe que se trouvent la Noble Leïçon datée de l'an 1100, et un catéchisme de la même époque.

3. Ceux qui voudront consulter ces sources les trouveront dans Léger, Histoire générale des Vaudois, 1ère partie depuis la page 21 à la page 117. Ceux qui voudront recourir aux originaux eux-mêmes les trouveront dans la bibliothèque de Genève, où ils ont été déposés en 1662, après une violente persécution, et où je les ai moi-même consultés. Il en existe d'autres dans la bibliothèque de Cambridge.

4. Ces Conciles sont ceux de Nicée (325), de Constantinople (581), d'Éphèse (431), de Chalcédoine (451).

5. Voir le livre de George Morel, un des députés vaudois, touchant la conférence qu'il eut avec OEculampade et Bucer.

6. Voir la préface que Luther mit à la Confession des Vaudois de 1533.

7. Oratio Valdensium, lib. 4.

8. Portrait des hommes illustres.

9. Viret, de la vraie et fausse Religion, liv. IV, p. 249; Histoire ecclésiastique des Églises réformées de France, Tom. I, p. 35; Histoire des Albigeois, par Chassagnon, p. 25, etc.

10. Cet inquisiteur dit à cette occasion avoir entendu un campagnard qui savait tout Job par cœur, et plusieurs autres qui connaissaient parfaitement tout le Nouveau-Testament.

11. Bibl. Patrum, Tom. XXV, p. 263 et 264.

12. Histoire de Bohême, chap. 35.