Trois opinions vivement débattues sont actuellement en présence touchant l'origine de l'Église vaudoise des vallées du Piémont.
Les uns affirment qu'elle descend en ligne directe des apôtres, dont elle a constamment et fidèlement conservé, à travers les siècles, les doctrines fondamentales, pures de tout mélange et exemptes des erreurs qui ont affaibli ou corrompu la foi des autres Églises chrétiennes.
À l'appui de cette thèse, nous citerons l'opinion de plusieurs hommes éminents qui voient dans l'Église vaudoise « le témoin de l'Ouest. » Nous avons, en outre, le témoignage de plusieurs auteurs catholiques qui nous apprennent, d'après la tradition, que « l'hérésie a existé dans ces vallées de toute antiquité [1]. »
Les Vaudois eux-mêmes, dans les diverses requêtes adressées à leurs souverains, affirment que la religion qu'ils suivent leur a été transmise « de père en fils et de génération en génération [2]. » La plupart de leurs historiens soutiennent la même thèse. « Les Vaudois des Alpes, » écrit l'un des plus récents, « sont, selon nous, des chrétiens primitifs ou des héritiers de l'Église primitive, conservés dans ces vallées, à l'abri des altérations successivement introduites par l'Église romaine dans le culte évangélique [3]. »
Théodore de Bèze reconnaît qu'ils sont « la semence de la pure Église chrétienne, -- ceux que la merveilleuse providence de Dieu a choisis, et qu'aucun des orages qui ont ébranlé le monde, aucune persécution, n'ont pu soumettre à la tyrannie ni à l'idolâtrie de Rome. »
« À l'aube de l'histoire, » observe un historien anglais, « nous découvrons dans les vallées des Alpes, où ils se retrouvent encore sous leur ancien nom de Vaudois, d'humbles chrétiens qui, à la lumière de l'Évangile, ont aperçu un contraste étrange entre la pureté des temps primitifs et la corruption du clergé opulent dont ils sont entourés [4]. »
Dans la préface de la première édition de cet ouvrage, le Rév. Dr Gilly, dont personne ne récusera la compétence dans la question qui nous occupe, s'exprime en ces termes : « Qu'il soit démontré ou non, par des documents d'une évidence incontestable, que les protestants établis sur les deux versants des Alpes, entre le mont Cenis et le mont Viso, aient puisé leur christianisme aux sources apostoliques, une chose n'en est pas moins certaine : c'est que dès les âges les plus reculés, il s'est trouvé dans ces régions un christianisme différent de celui de la Rome du moyen âge et des temps modernes. Cette chaîne ininterrompue s'est continuée jusqu'à nos jours par une succession de martyrs, de confesseurs et de fidèles. La foi et la discipline de ces chrétiens des Alpes ont été parfois plus ou moins conformes à la règle évangélique; mais leur confession de foi et leur discipline ont toujours contenu des articles opposés aux prétentions de Rome, autant du moins que nous en pouvons juger d'après les plus anciens documents remontant au quatrième siècle. Si donc nous constatons qu'au quatrième siècle, par exemple, puis au neuvième, au onzième, au douzième, au treizième et au seizième, les vérités évangéliques sont conservées intactes au sein du peuple vaudois, alors que partout, évêques et prêtres enseignent l'erreur, si, dis-je, en prenant ces époques au hasard, nous trouvons invariablement des vestiges du pur Évangile au pied des Alpes Cottiennes, longtemps avant la Réforme, nous en pouvons conclure que l'Évangile leur fut transmis dès les temps primitifs. Il est certainement plus conforme à l'évidence d'admettre que les « hommes des Vallées » ont conservé la vérité telle qu'ils l'avaient reçue à l'origine, que de supposer qu'ils aient été capables de la découvrir eux-mêmes au sein des ténèbres épaisses du douzième siècle, alors que toute la chrétienté s'éloignait de plus en plus de la lumière, sous l'influence de l'enseignement de docteurs subtils et de prêtres ambitieux et corrompus. » Il serait superflu de multiplier les citations; nous ne pouvons cependant résister au désir de rappeler ici l'opinion d'un homme que personne assurément n'accusera de partialité envers une forme quelconque du christianisme. « C'est une chose extraordinaire, » remarque Voltaire, qui rattache l'origine de l'Église vaudoise aux chrétiens primitifs de la Gaule, « que ces hommes, presque inconnus du monde, aient constamment persévéré, de temps immémorial, dans des coutumes qui ont changé partout ailleurs [5]. »
Disons maintenant quelques mots de l'opinion contraire soutenue par ceux qui, tout en rendant un témoignage également favorable à la pureté et à la fidélité de l'Église vaudoise, lui assignent une origine plus récente, et prétendent qu'elle reçut tout ensemble ses croyances et son nom du célèbre marchand de Lyon, Pierre Valdo, dont nous parlerons plus loin. Eux aussi produisent, à l'appui de leur thèse, les assertions formelles de différents auteurs catholiques du douzième ou du treizième siècle.
Alain de l'Ile ou de Lille, qui vivait à la fin du douzième siècle, s'exprime comme suit : « Il y a certains hérétiques qui feignent d'être justes, tandis qu'ils sont des loups couverts d'une peau de brebis. ... Ils sont appelés Valdenses, du nom de leur chef Valdus [6]. »
Pierre de Vaux-Cernay ou Sernay, auteur connu du commencement du treizième siècle, les dépeint comme « des hérétiques appelés Valdenses, du nom d'un certain Valdius de Lyon [7]. »
Quelques-uns des historiens modernes les plus récents partagent cette opinion, estimant « que l'Église vaudoise n'a pas besoin, pour se rendre glorieuse, de faire précéder sa période historique d'une espèce de période fabuleuse, remontant jusqu'aux apôtres; qu'elle paraît assez digne de respect, lors même qu'elle ne descend que d'un simple laïque de Lyon, dont la piété, la modération et le courage peuvent à jamais nous servir d'exemple; enfin, qu'avoir remis en lumière la doctrine de l'Évangile, trois siècles avant la Réformation, et l'avoir conservée depuis lors avec une fidélité héroïque, au milieu des persécutions et des supplices, est assez beau pour qu'on s'abstienne de vouloir embellir ce fait certain en y ajoutant une longue période qui n'est pas certaine du tout [8]. »
Ainsi défini, le rôle de l'Église vaudoise serait déjà glorieux, assurément. Mais nous ne devons pas omettre les objections dirigées contre cette manière d'envisager la question par des hommes qui professent également une grande admiration pour le hardi Réformateur de Lyon.
La bulle du pape Urbain II montre que les Vaudois étaient « infectés par l'hérésie depuis l'an 1096, » longtemps avant la naissance de Pierre Valdo. Dans son histoire de Simon de Montfort, Pierre de Vaux-Cernay nous apprend que « ce grand défenseur de la foi se signala tout particulièrement par l'extirpation de cette hérésie pernicieuse, qui déjà, en l'an 1017, avait levé la tête à Orléans. » Il nous serait facile de multiplier les citations; nous nous contenterons de relever deux arguments décisifs contre ceux qui font dériver le nom de Vaudois de celui de Valdo, comme s'il était le chef de la secte vaudoise et l'auteur de cette prétendue hérésie. Les disciples de Pierre Valdo ne reçoivent jamais, dans les canons des conciles et autres documents officiels, la qualification de Vaudois, mais ils sont toujours désignés par le nom de « pauvres de Lyon; » ce mot Vallense, ou Valdesi en italien, Vaudois en français, et Waldenses en anglais, signifie uniquement « homme des vallées [9]; » enfin, les noms de famille n'existaient pas à cette époque; on désignait les individus par une épithète empruntée à leur profession, à leur caractère ou à leur genre de vie, et il est plus que probable que le célèbre marchand de Lyon, qui s'appelait Pierre, mérita le surnom de Valdo à la suite des relations qu'il eut avec les Vaudois des Alpes et de la propagation qu'il fit de leurs doctrines.
Une troisième opinion, quelque peu différente de la première, paraît gagner du terrain dans l'esprit des hommes les plus compétents dans ces questions. Nous en donnerons un résumé sommaire, extrait d'une feuille périodique où cette thèse est développée avec talent.
L'auteur prétend que les Vaudois, qui, comme nous l'avons vu, possédaient jadis un territoire beaucoup plus étendu, se rattachaient à l'Église chrétienne primitive établie en Italie et qu'ils sont restés unis à cette Église aussi longtemps qu'elle demeura fidèle à ses origines [10].
D'anciens manuscrits nous ont en effet conservé des preuves nombreuses de la fidélité des évêques de Milan et de Turin, de leur attachement inviolable à la Bible et des protestations courageuses qu'ils ne cessèrent de diriger contre le flot montant de l'erreur, dès le commencement du quatrième siècle et jusque vers le milieu du neuvième.
Saint Ambroise, l'illustre évêque de Milan, mort en 397, portait, entre autres titres [11], celui de « Rocher de l'Église, » nom qu'il méritait par l'étendue de ses connaissances théologiques, son respect profond pour les saintes Écritures et son opposition constante aux innovations idolâtres de son temps.
Bien d'autres noms de fidèles prélats, tels que ceux de Philastrius, évêque de Brescia, et de son successeur, Gaudentius, ont été pieusement consignés dans les écrits des savants, où ils forment comme une chaîne ininterrompue de témoins et de protestants.
Le cadre restreint de ce travail ne nous permet de donner qu'une courte biographie du plus éminent d'entre eux, du célèbre Claude, archevêque de Turin. L'opinion générale des historiens vaudois est que le lien qui rattachait leur église à l'église épiscopale italienne se brisa peu après la mort de ce vénérable prélat. « Ce ne sont pas les Vaudois qui se sont séparés du catholicisme, » dit l'un d'eux ; « mais c'est le catholicisme qui s'est séparé d'eux, en modifiant le culte primitif [12]. »
Angilbert, évêque de Milan, écrivant à l'empereur Louis Ier, au sujet de la corruption croissante de l'Église, remarque avec joie que « dans son diocèse la bonté de Dieu a suscité un véritable champion du christianisme. »
Il désignait par là Claude lui-même.
Ce pasteur, vraiment apostolique du troupeau de Christ, était né en Espagne vers la fin du huitième siècle. Grâce aux instructions et aux sages directions de Félix, évêque d'Urgel, dont il était l'élève, il sut se conserver pur au sein d'une cour corrompue et gagna la confiance de son royal maître, Louis le Débonnaire, dont il devint le chapelain. Dans cette situation, relativement modeste, le jeune prêtre fit preuve de grands talents oratoires et mit au service de la vérité le courage indomptable et l'intrépidité qui devaient être les caractères distinctifs de tout son ministère.
Ses ennemis prirent ombrage de ce beau zèle et qualifièrent d'hérésie ce retour aux enseignements de la Bible.
« Je n'enseigne point une nouvelle secte, » répondit-il avec fermeté, « moi qui reste dans l'unité et qui proclame la vérité. Mais j'ai étouffé les sectes, les schismes, les superstitions et les hérésies; je les ai combattues, écrasées, renversées, et, Dieu aidant, je ne cesse de les renverser autant qu'il dépend de moi. »
Nommé archevêque de Turin, il fit aussitôt détruire les images récemment introduites dans les basiliques et supprima toutes les cérémonies qu'il jugeait incompatibles avec la simplicité primitive du culte apostolique. Inaccessible aux tentations de l'ambition, comme il l'avait été aux séductions du plaisir, il continua sans relâche à combattre l'erreur, à s'opposer aux innovations et à préserver l'Église, confiée à ses soins, des rites idolâtres et des dogmes antichrétiens qui déjà minaient les fondements de la foi apostolique.
Avec quel empressement joyeux le petit troupeau, dispersé dans les montagnes, ne dut-il pas se ranger sous la houlette de ce fidèle berger! Car le peuple vaudois est un peuple essentiellement docile, loyal, soumis aux autorités constituées, et ne subordonnant son obéissance aux rois et aux gouverneurs qu'à l'obéissance qu'il doit aux commandements de Dieu, suivant cette parole de nos saints livres : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. »
En 815, Claude composa trois ouvrages sur la Genèse et un commentaire sur l'évangile de Matthieu. L'année suivante, un autre commentaire sur l'épître de Paul aux Galates, et plus tard, différents traités sur d'autres portions des Écritures, à la demande expresse de l'empereur, qui désirait avoir un commentaire du même auteur sur toutes les épîtres dont se compose le Nouveau Testament. Plusieurs des ouvrages de l'infatigable écrivain nous sont parvenus manuscrits. Son commentaire sur l'épître aux Galates est le seul qui ait été imprimé; mais tel a été le zèle déployé par l'Inquisition pour le détruire, qu'il nous en reste à peine un exemplaire entier.
Dans l'excès de son angoisse, Job s'écrie : « Oh! si mon ennemi avait écrit un livre! » Notre pieux évêque aurait pu former le même voeu, car, chose digne de remarque, les fragments de l'ouvrage si soigneusement détruit nous ont été conservés dans les écrits de Jonas d'Orléans, l'un de ses adversaires. Nous en citerons quelques passages, pour montrer que l'Église romaine commençait précisément alors à tolérer les erreurs qui depuis ont si complètement envahi ses sanctuaires et ses symboles.
Sur la question vitale de la transsubstantiation qu'il combat à chaque page, notre évêque apostolique s'exprime en termes explicites : « Le pain, » dit-il, « est la représentation du corps mystique de Christ; le vin, le symbole de son sang. »
À propos du culte des images récemment introduit, il s'écrie : « Pourquoi t'humilies-tu et t'inclines-tu devant de vaines images ?... C'est en mémoire de notre Sauveur que nous servons, honorons et adorons la croix peinte ou érigée en son honneur, disent les misérables sectateurs de la fausse religion et de la superstition. Rien ne leur agrée donc en notre Sauveur que ce qui a plu même aux impies : l'opprobre de sa passion et l'ignominie de sa mort. Ils croient de lui ce qu'en croient les méchants, tant juifs que païens, qui rejettent sa résurrection et ne savent le considérer que comme torturé, et qui dans leur coeur le considèrent toujours dans l'agonie de la passion, sans penser à ce que dit l'Apôtre : « Si nous avons connu Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus de cette manière. »
« S'il ne faut ni adorer ni servir les oeuvres de la main de Dieu, » poursuit-il, « à bien plus forte raison ne doit-on ni adorer ni servir les oeuvres de la main des hommes... »
Enfin, à ceux qui prétendent adorer tout bois taillé en forme de croix, parce que Christ a été suspendu à la croix, il réplique avec ironie : « Adorons les crèches, puisque après sa naissance il fut couché dans une crèche. Adorons de vieux haillons, puisqu'il fut emmaillotté dans des haillons... Adorons les ânes, puisqu'il entra à Jérusalem monté sur un âne. Adorons les agneaux, puisqu'il est écrit de lui : « Voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde. » Adorons les pierres, puisque, descendu de la croix, il fut placé dans un sépulcre de pierre... Adorons les épines des buissons, puisque c'est de là que vint la couronne d'épines placée sur sa tête. Adorons les roseaux, puisqu'ils fournirent aux soldats un instrument pour le frapper. Enfin, adorons les lances, puisque l'un des soldats le frappa d'une lance au côté et qu'il en sortit du sang et de l'eau. »
« Tout cela est ridicule, et il vaudrait mieux le déplorer que l'écrire. Mais contre des sots, nous sommes contraints d'avancer des sottises et de lancer contre des coeurs de pierre, non pas les traits ou les maximes de la Parole, mais des projectiles de pierre... Dieu commande une chose, et ces gens en font une autre. Dieu commande de porter la croix, et non pas de l'adorer. Ceux-ci veulent l'adorer et ne la portent ni corporellement ni spirituellement. Servir Dieu de cette manière, c'est s'éloigner de lui [13]. »
Jusqu'en 823 et pendant tout le reste de sa vie, le pieux évêque s'opposa de toutes ses forces aux erreurs qui allaient se multipliant dans l'Église, sans que jamais son courage et sa fidélité faiblissent un seul instant. Les attaques violentes dirigées contre ses écrits et sa prédication ne parvinrent pas à diminuer l'autorité dont il jouissait. Au reste, l'oeuvre de Claude n'était pas isolée. Déjà, au commencement du septième siècle, Serenus avait accompli une réforme analogue dans le diocèse de Marseille. Agobard, archevêque de Lyon et contemporain de Claude, partageait ses vues, et de nombreux prélats français professaient comme lui une doctrine opposée au culte des images et des saints, aux cérémonies sur les tombeaux, aux pèlerinages, aux jeûnes, au célibat des prêtres, à la vie monastique.
Enfin nous savons qu'au concile de Francfort (794), auquel assistait Charlemagne, ainsi qu'au concile de Paris (826), la majorité des évêques avait résisté aux sollicitations, aux prières, voire même aux ordres des légats du pape, répudiant ainsi tout ensemble la suprématie de Rome et le culte des images que Claude proscrivait de son diocèse.
Après sa mort, c'est-à-dire vers l'an 839, nous sommes encore témoins de quelques protestations isolées dirigées par les évêques italiens contre les prétentions et les désordres de la papauté. Mais l'écho de ces plaintes va toujours en s'affaiblissant et s’éteint bientôt dans l'indifférence générale. L'ambition, la luxure ont séduit les grands de la terre, et dans sa solitude, l'Église des Vallées demeure le seul témoin véritable de l'Ouest, -- l'Église du Christ persécutée, mais fidèle à son divin Chef.
Aux autorités déjà citées, nous joindrons le témoigne d'un auteur moderne piémontais, établissant que la séparation des deux Églises eut lieu peu après la mort de Claude.
« Cet évêque de Turin, » écrit le marquis Costa de Beauregard, homme éloquent et de moeurs austères, « eut un grand nombre de partisans. Ceux-ci, anathématisés par le pape, poursuivis par les princes laïques, furent chassés de la plaine et forcés de se réfugier dans les montagnes, où ils se maintinrent dès lors, toujours comprimés et toujours cherchant à s'étendre [14]. »
C'est là qu'ils sont restés, et c'est de ces montagnes qu'est sortie cette nuée de témoins dont la lignée glorieuse illustre si bien la devise célèbre : Lux lucet in tenebris; une lampe projetant sa lumière dans les ténèbres épaisses du moyen âge. À l'apostasie de l'Église catholique correspond la fondation de l'Église vaudoise; à l'infidélité de ses évêques, l'apostolat de ses barbes [15]. »
Ainsi donc, des trois hypothèses que nous signalions au début de ce chapitre, si nous écartons comme insoutenable celle qui, par un anachronisme étrange, rattache l'origine de l'Église vaudoise au marchand de Lyon, Pierre Valdo, nous restons en présence des deux autres également plausibles. Sans vouloir nous prononcer, et tout en laissant au lecteur une indépendance de choix pleine et entière, nous observerons seulement que si l'on admet comme probantes les preuves de la descendance apostolique de cette Église, il faut également reconnaître que de bonne heure elle fut placée sous la direction des évêques italiens, qu'elle y demeura longtemps, et que la séparation ne s'accomplit qu'après la mort de Claude, archevêque de Turin, dans le diocèse duquel étaient enclavées les vallées vaudoises, et dont les écrits évangéliques sont en conformité parfaite avec ceux de leur Église.
Quoi qu'il en soit de cette question encore ouverte, reconnaissons qu'en tous temps et en toutes circonstances la petite Église des Vallées suivit fidèlement la voie que lui traçaient les desseins de la Providence, et que jamais elle ne perdit les caractères distinctifs de toute Église chrétienne, si admirablement définis par son historien et son pasteur, Léger :
Une conformité parfaite aux saintes Écritures;
Une prédication et une vie saintes;
La persécution et la croix.
Notes: